Le RFN au deuxième Forum francophone de la gouvernance du numérique et de l'intelligence artificielle

Le 3 juillet 2026, le secrétaire du RFN, Frédéric Lemmers, a représenté l’institution au deuxième Forum francophone de la gouvernance du numérique et de l'intelligence artificielle (FFGNIA²), organisé par l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) au Geneva Graduate Institute en Suisse. 

Réunissant décideurs publics, régulateurs, représentants d'organisations internationales, chercheurs, acteurs du secteur privé et membres de la société civile, ce rendez-vous vise à renforcer la contribution de l'espace francophone aux débats internationaux sur la gouvernance du numérique et de l'IA. Dans la continuité de la première édition tenue à Genève en juillet 2025, cette deuxième édition ambitionne de poursuivre les échanges et de favoriser l'émergence de solutions concrètes face aux grands défis technologiques contemporains. 

Les travaux se sont articulés autour de trois grandes thématiques : le cadre réglementaire et la normalisation, les effets de l'intelligence artificielle sur l'accès à la connaissance et sur la diversité linguistique et culturelle, ainsi que la durabilité, la résilience et la souveraineté des infrastructures numériques. Panels de haut niveau et ateliers participatifs ont permis d'approfondir ces débats et de contribuer à la co-construction de recommandations. 

 

Les données patrimoniales, au cœur de la souveraineté numérique francophone 

Dans son intervention, Frédéric Lemmers est revenu sur le constat suivant : si les débats sur l'intelligence artificielle se concentrent souvent sur les infrastructures de calcul et la puissance des modèles, c'est bien la question des données qui la nourrissent qui demeure fondamentale, et avec elle, celle de la représentation des cultures, des langues et des visions du monde qui façonneront les systèmes d'IA de demain. 

Pour la communauté francophone, cela se traduit par un double enjeu. D’une part, un enjeu de souveraineté. En effet, les données patrimoniales et culturelles sont devenues une matière première convoitée par les géants du numérique, souvent captées sans contrepartie pour leur conservation. D’autre part, les données patrimoniales relèvent d’un enjeu de représentativité :  une intelligence artificielle apprend à partir des données qui lui sont fournies, et si les corpus francophones restent sous-représentés, ce sont les savoirs, les cultures et les imaginaires de l'espace francophone qui risquent de devenir invisibles dans les technologies de demain. 

De ce constat découle une responsabilité économique, juridique et morale pour les États de protéger, préserver et valoriser ce patrimoine commun. Les données culturelles détenues par les archives et bibliothèques nationales constituent désormais un actif stratégique, et l'un des rares leviers dont disposent les États face au poids grandissant des géants du web. 

 

Une dynamique déjà engagée par la Francophonie 

Cette conviction s'inscrit dans une dynamique que la Francophonie a déjà amorcée et à laquelle le RFN a directement contribué. La Déclaration de Villers-Cotterêts (2024) réaffirme l'importance des données patrimoniales pour la découvrabilité, tandis que la Déclaration de Québec (2025) engage les ministres de la Culture de la Francophonie à faire des données culturelles un levier de souveraineté et à promouvoir une intelligence artificielle respectueuse de la diversité des expressions culturelles. 

C'est précisément sur ces priorités qu'agit le RFN, en œuvrant à préserver, numériser, décrire, normaliser et rendre découvrables les patrimoines documentaires de la Francophonie. Sans ce travail, l'intelligence artificielle ne peut se nourrir des contenus francophones. 

Plusieurs initiatives portées par le Réseau ont illustré cet engagement, parmi lesquelles la Bibliothèque numérique du RFN, un projet de formation destiné à renforcer les capacités numériques de l'ensemble des membres du Réseau, soutenu par le gouvernement fédéral suisse, ainsi que des projets de numérisation tels que MemoAfricanum, appuyé par la Fédération Wallonie-Bruxelles. 

 

Un patrimoine à mettre en commun pour bâtir l'avenir numérique 

La Francophonie dispose aujourd'hui de millions de documents, de centaines d'institutions de mémoire, d'expertises reconnues en matière de numérisation, de découvrabilité et d'intelligence artificielle, et surtout de réseaux de coopération déjà établis. Le défi est désormais collectif : mettre en commun ces atouts pour bâtir une infrastructure de données culturelles à la hauteur des ambitions de l'espace francophone. 

Car les données patrimoniales ne sont plus seulement la mémoire du passé : elles sont aussi la matière première de l'avenir numérique. Face au risque de captation de ces données par des acteurs privés, les gouvernements de la Francophonie ont la responsabilité d'agir pour assurer à la fois leur souveraineté et la présence de leurs cultures dans les intelligences artificielles de demain.